Interview de Ghislaine Hierso

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Ghislaine Hierso est économiste et géographe. Elle est la présidente et fondatrice de Sages & Responables (Stratégie actionnariale, Gouvernance Environnementale et Sociale, Responsables) et elle est responsable et coopératrice de B&L Evolution SCOP. Elle est présidente de l ‘Association Française des Petits Débrouillards (AFPD) fondée en 1986 en lien avec l’association canadienne appelée “Petits Débrouillards”. Ce réseau éducatif a construit des outils pédagogiques sur la culture scientifique et les techniques industrielles en partenariat avec la société nationale et les autorités locales.

Ghislaine Hierso est co-président de Alliss (Plateforme coopérative de recherche en science et sociétés) et membre du CNNum (Conseil Nationnal du Numérique). Elle est vice-présidente du Cercle de Réflexion et d’actions Valeurs Vertes, administratrice de l’association 4D (Dossiers de Débats pour le Développement Durable) et de “Confrontations Europe”. Elle est membre de la « Société d’Economie Politique » et de the Bridge Tank. Elle est Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur (juillet 2012) et est Chevalier dans l’Ordre national du Mérite (2001).

Le concept du cradle to cradle est le point de départ de l'économie circulaire. Pouvez-vous nous exposer les différences entre le concept d'économie linéaire et de l'économie circulaire?

L'économie circulaire est avant tout une économie de la pauvreté, une économie séculaire. De tout temps les hommes ont dû protéger leurs ressources, réutiliser tout ce qui pouvait l´être : la réutilisation agricole, les biffins, la réutilisation des textiles, la réutilisation des ferrailles, les armes transformées en outil agricole, …

Il faut avoir conscience que l'économie du gaspillage, l'économie linéaire : on produit, on consomme, on jette est née avec la révolution industrielle. La possibilité de pouvoir reproduire des outils, des objets en masse a entrainé une production importante et une consommation de masse : création de besoins et usages nouveaux sans trop se préoccuper de la fin de vie des objets mis en décharge. Le déchet étant jeté derrière la maison, caché, ignoré et les décharges éloignées des centres villes.

Les préoccupations sur la gestion des déchets est lié aux problèmes sanitaires, les conséquences environnementales ont été prises en compte dans un deuxième temps. Aujourd'hui nous devons prôner, comme j'aime à le dire : "une économie de la prospérité équitable dans la sobriété". J’entends par là qu’il est nécessaire d’économiser les ressources naturelles et de s'assurer qu’elles soient mieux réparties. Nous devons être plus efficaces, et plus efficients.

Le XXe siècle a été le siècle du gaspillage, il faut que le XXIe siècle soit le siècle du recyclage.

Les premiers rapports stipulant cette nécessité datent des années 1970 par le rapport du Club de Rome (1972) et le rapport Brundtland (1987) : "Notre avenir à tous". Même si certains philosophes tel que Henri David Thoreau et Hans Jonas ont très tôt mis en avant les problèmes que pose la civilisation technicisée.

Le passage d'une politique de gestion de déchet à une approche intégrée de la gestion des matières encourage la dématérialisation et l’utilisation des ressources efficaces. Cette politique est mise en œuvre depuis plus de 10 ans au Japon. Dès les années 2000, l'Europe publie ses premières réflexions sur la mise en œuvre d’une politique fondée sur un cycle des matières écologiquement rationnelles selon le principe des 3 R (Reduce, Reuse, Recycling). C’est de ces prises de conscience que nait le concept du craddle to craddle.

Mais attention le "tout retourne à la terre" doit être appréhendé avec prudence, car il faut éviter la dilution de la pollution. Par exemple, les DEEE (déchets électriques et électroniques) contiennent effectivement de métaux précieux qui peuvent être recyclés, mais aussi des substances dangereuses qui doivent être traitées avec prudence avant toute élimination. Autre exemple, les déchets organiques doivent être collectés séparément, car ils ne doivent pas être souillés pour une bonne valorisation organique.

La prise en compte de notre patrimoine sol est essentielle car le sol, terre nourricière de la biodiversité, est souvent le parent pauvre de ces politiques qui oublient que le retour à la terre suppose de prendre de réelles précautions pour la préservation des ressources en eau, de la biodiversité.

L'économie circulaire ne se résume donc pas à une gestion durable des déchets, mais à une meilleure prise en compte de la hiérarchie : prévention, moins et mieux consommer, réutiliser, réparer tout ce qui peut l'être en l'état ou avec quelques transformations, recycler (valorisation matière, transformer déchet/matière en produit, valorisation énergétique (en chaleur, électricité) et éliminer ce qui ne peut être réutilisé, transformé. Mais c'est aussi une utilisation plus efficace et rationnelle des ressources (matières premières, eau, énergie, ...)

L'économie circulaire souvent présentée comme une dynamique locale, de proximité, fait aussi l'objet d'échanges mondiaux non négligeables pour certaines matières recyclables (papier recyclé, ferrailles, plastiques ...), comme le stipule le rapport sur les cycles et les orientations des produits et des échanges  www.cercle-cyclope.com

Á l’occasion du récent forum économique mondial de Davos, des réserves ont été émises quant au principe d’économie circulaire. En particulier, il s’agissait d’engager une conversation à propos d’un « Nouveau Contexte Global », soit la mise en place d’un modèle économique plus respectueux des hommes, de l’environnement et, plus généralement, de la planète. C’est un point essentiel du débat.

Quelle est la place d'un citoyen lambda dans ce schéma économique? Quelles peuvent être ses actions quotidiennes pour participer à cette démarche écologique et économique?

Je dirai que tout citoyen, toute entreprise, toute collectivité, toute autorité doit être acteur de l'économie circulaire et chacun à son échelle.

Que sous-tendent les objectifs définis pour mettre en œuvre l’économie circulaire?

Éviter le gaspillage de ressources et d’énergie, Sécuriser l’approvisionnement de l’économie française en matières premières, Diminuer les impacts environnementaux, Ré Industrialiser les territoires, Limiter la production de déchets non réutilisés Et Augmenter la compétitivité des entreprises.

Quels moyens d´actions les autorités se donnent? 

Impliquer tous les citoyens et responsabiliser les entreprises, Mobiliser les collectivités et Développer des activités innovantes et créer des emplois.

Ainsi tout citoyen lors de son acte d'achat doit s'assurer de son réel besoin et usage, quand son produit est en fin de vie, il doit trier ses déchets pour en faciliter l'éventuelle réutilisation, recyclage.

L'entreprise lors de la mise en production doit dans son processus intégrer le cycle de vie complet du produit ou service, de la conception à la fin de vie

Les collectivités territoriales doivent mettre en œuvre les dispositifs facilitant sur un territoire l’utilisation des déchets de l'un pour en faire des ressources pour l’autre (l’écologie industrielle), ainsi que la prévention par des campagnes de communication pour tous les publics, afin de faire prendre conscience que nous sommes tous concernés par la réduction des impacts sur l’environnement.

Les autorités européennes et nationales doivent élaborer des réglementations prenant en compte ce nouvel écosystème économique industriel territorial.

Pourtant, à l'heure actuelle - malgré les avancées (initiative  3R)(1) lancées en juin 2004 dans le cadre du G8,  les 17 objectifs de Développement durable adoptés par les Nations Unies en septembre 2015, qui intègrent  la protection des ressources, et la prise en compte de nouveaux modèles économiques(2), de la réglementation européenne(3) et nationale(4) (Directives européennes, Grenelle de l’environnement, Loi sur la Transition écologique ) - les investissements publics ou privés, et la fiscalité, ne permettent pas de mettre en place un modèle solide et viable de valorisation des ressources de l'économie circulaire. Voir aussi la volatilité du cours des matières premières présentée dans le Rapport Cyclope.

Au vu de ces impératifs écologiques, sociaux et économiques, la gestion des déchets et la valorisation de ces ressources doivent faire l'objet d'une politique transversale et intégrée pour faciliter la mise en œuvre d'un modèle d'économie circulaire.

L'économie circulaire n'est pas bonne en soi si l'approche intégrée ne prend pas en compte tous les impératifs écologiques (préservation des ressources et éviter la dilution de la pollution), sociaux (valorisation de métiers difficiles, réduction de la précarité , et économiques (volatilité des prix des matières premières, nouveau modèle économique)

A ce jour, L'Economie Sociale et solidaire dans ces objectifs participe le plus activement à la mise en œuvre de cette économie circulaire par une économie plus contributive (cf Bernard Stiegler) de nombreux projets se font jour à travers le monde mais souvent à des échelles trop restreintes. Car les approches locales sont essentielles bien évidemment mais l’addition de bonnes pratiques ne font malheureusement pas un projet d'ensemble.

Actuellement, quels dispositifs sont mis en place, en France, et particulièrement autour de la métropole du grand Paris pour faciliter la mise en place de ces questions écologiques et économiques? D'autres territorialités ou d'autres pays sont-ils plus en avance sur ce discours et pourrait nous servir de modèle?

La ville de Paris a mis en place en septembre 2015, les Etats Généraux de l’économie circulaire(5) où ont été présentées de nombreuses initiatives grâce aux rencontres avec les acteurs associatifs, le monde de l’entreprise, les chercheurs, les universitaires, et les directeurs des réseaux de l’économie circulaire. Différentes pratiques et différents idéaux se sont basés sur les piliers de l’économie circulaire tels que l’Eco-conception, l’Economie de la fonctionnalité, l’Ecomobilité, l’Obsolescence programmée, l’Usage, la réparation et Recyclage(6). Le rendez-vous de l’Economie Circulaire se tiendra le 26 octobre 2016 – reconnaissant ainsi les initiatives locales et nationales – soit un an après que les Etats Généraux aient annoncé l’Economie Circulaire comme point d’orgue du Grand Paris. Afin de favoriser une meilleure compréhension de l’Economie circulaire, des ateliers de sensibilisation se tiendront dans les écoles, collèges et lycées : il s’agira de combattre le gaspillage, ou encore de proposer une formation sur le commerce et les savoir-faire. Vous trouverez de plus amples informations s’agissant de ces ateliers via le lien 7. De nombreux rapports sur l’économie verte et le mode de vie écologique ont été publiés, notamment par l’association 4D (lien 8) avec son Rapport et Programme sur les modes de vie, mais également par l’ADEME (Http://www.ademe.fr), et l’Institut de l’Economie Circulaire (Http://www.institut-economie-circulaire.fr)

(1) http://www.env.go.jp/fr/recycle/

(2) http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/

(3) europa.eu/rapid/press-release_IP-15-6203_fr.htm

(4) http://www.developpement-durable.gouv.fr/-La-transition-energetique-pour-la-.html

(5) http://www.economiecirculaire.org/library/h/livre-blanc-de-leconomie-circulaire-du-grand-paris.html

(6) http://www.oree.org/source/_Surlarouteeconomiecirculaire.pdf

PROJECT HIGHLIGHT FROM PARIS

BILUM  (mettre logo de la société)

Maison de création spécialisée dans l’upcycling.

Le concept de l’upcycling est de valorisation ou de revaloriser des déchets afin de leur donner une nouvelle vie. Les matières jetées ou inutilisées trouvent une nouvelle vie en de nouveaux objets d’une qualité et utilité supérieure.

Les premières matières récupérées ont été les bâches publicitaires destinés à cacher les façades d’immeubles en travaux par exemple. Plutôt que de les incinérer ou de les enfouir, ces toiles recoupées selon le design des imprimés deviennent ainsi des tissus uniques propices à la confection de sac et d’accessoires. Aujourd’hui l’entreprise s’est tournées vers d’autres matières :  des ceintures de sécurité, drapeaux, gilets de sauvetage, maillots de sport, kakémonos, voiles de bateaux, ....

Le tri et la préparation des matières sont réalisés dans l’atelier « laboratoire » bilum, à Choisy-le-Roi. Cette entreprise de 4 salariés permet de favoriser l’économie de proximité de par leur fabrication locale. L’entreprise compte aujourd’hui 7 ateliers dont 3 E.S.A.T. (Etablissement et Service d’Aide par le Travail), où 70 personnes travaillent à la confection de nouveaux objets.

http://www.oree.org/source/_Surlarouteeconomiecirculaire.pdf

Écodesign Fab Lab (mettre logo de la société)

Atelier d’éco-conception à partir des déchets d’entreprise d’une zone d’activité.

La prise de conscience sur les déchets industriels a poussé l’APEDEC (Association Pour l’Écodesign et l’Économie Circulaire) en 2014 à créer un Fab-Lab sur la zone industrielle de Mozinor, à Montreuil. L’initiative de cette association est de créer de nouveaux objets ainsi que du mobilier à partir de déchets tout en proposant une qualité de conception et de design.

Ce lieu d’innovation est ouvert à tous : professionnels ou particuliers, praticiens ou étudiants, artistes, menuisiers, designer et est basé sur la mutualisation des connaissances des adhérents et des moyens des 50 entreprises de la zone d’activités.

Les déchets fournis gratuitement par les entreprises ont fait l’objet d’une étude de faisabilité afin d’en déterminer le type, la quantité et les dimensions. Le Fab Lab s’est alors équipé de machines traditionnelles mais aussi de outils numériques afin de traiter ces déchets dans les meilleures conditions.

3000 tonnes de déchets sont réutilisées à quelques mettre des industries permettant d’éviter l’impact polluant des transports. Installée au cœur de la zone d’activités, l’écodesign Fab Lab se place dans une démarche d’écoconception, avec une réflexion sur la lutte contre l’obsolescence programmé, afin de réduire l’impact environnemental des produits tout au long de leur cycle de vie.

http://www.oree.org/source/_Surlarouteeconomiecirculaire.pdf

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