La Beaute du Grand Paris

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Bertrand Lemoine est ingénieur diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et architecte DPLG. Il est directeur de recherche au C.N.R.S. Il a été jusque’en octobre 2013 directeur général de l’Atelier international du Grand Paris et jusqu’en 2010 directeur de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris- La Villette. C’est un spécialiste de l’histoire et de l’actualité de l’architecture, de la construction, en particulier métallique, du patrimoine et de la ville (en particulier Paris et le Grand Paris) aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur de 41 ouvrages et d’une trentaine d’expositions. Il dirige la revue ACIER, revue d’architecture.

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La beauté n’est pas un concept que l‘on évoque spontanément lorsque l’on pense au Grand Paris dans sa globalité, même si la focalisation sur Paris induit l’image d’une ville particulièrement harmonieuse. Mais c’est précisément dans cette tension entre beauté convenue et beauté à découvrir que se situe l’un des enjeux identitaires du Grand Paris comme grande métropole.

La beauté de Paris et de son centre historique est largement célébrée par les écrivains, peintres, photographes, cinéastes… Il s’agit bien d’une beauté partagée puisqu’elle attire 44 millions de touristes chaque année, en tant que première destination touristique au monde. C’est également une beauté aux composantes multiples : monuments, immeubles, espaces publics, mobilier urbain, détails architecturaux, quais de la Seine...

La beauté de la périphérie s’impose à nous différemment avec ses espaces ouverts, ses paysages et ses forêts mais aussi ses usines, ses routes, ses lignes à haute tension… D’autres types de beauté sont donc présents dans un contexte communément assimilé à de la laideur. Elle diffère de « la beauté de la centralité et de la densité » qui caractérise Paris, alors même qu’un lien existe entre ces deux notions : la densité n’est pas qu’une question de ratio d’habitants au mètre carré, elle intègre la densité de l’urbanité et amène logiquement à poser la question des usages. Au travers du Grand Paris, il convient d’associer la beauté de la centralité et celle des espaces ouverts. Selon cette dialectique, la beauté du Grand Paris pourrait s’envisager comme « isotrope » (terme cher à feu Bernardo Secchi), à la fois beauté du centre et beauté du paysage et des espaces ouverts.

La beauté du détail est aussi concrète et parle à beaucoup. Peut-être serait-elle à mettre en relation avec la beauté du grand, des larges paysages, des perspectives, de la vue lointaine... L’emboîtement des échelles, que l’on pourrait appeler l’harmonie, ou l’art de mettre en résonnance les choses les unes avec les autres, est l’une des clefs de la beauté métropolitaine.

La dimension patrimoniale est une évidence pour appréhender l’idée de beauté. Préserver le patrimoine, est d’autant plus important que ce capital, précieux et partagé, est lentement renouvelable à l’échelle du temps humain. Créer du beau est difficile. Il faut s’interroger sur le rôle des architectes, des paysagistes, des édiles, des ingénieurs, de tous ceux qui travaillent à créer cette beauté contemporaine qui n’est autre que le patrimoine futur. Comment préserver et mettre en valeur ce qui existe (ce que l’on peut recycler) tout en étant attentif à créer de la beauté à travers des projets architecturaux et des lieux nouveaux ? Une responsabilité de la construction de cette beauté existe donc bien, sans qu’elle ne soit réductible à la seule idée patrimoniale.

Les dimensions de fragilité, de changement ou de transformation habitent le concept de beauté et s’opposent à l’idée selon laquelle la beauté est immuable. La lumière change et construit la beauté, de même que la nature est changeante au gré des saisons. Ce qui bouge ou change correspond à une perception plus contemporaine de la beauté, comme en témoignent l’impressionnisme, le cinéma et la photographie. Comment travailler cette dualité changeante ? Comment s’inscrire dans une perspective où l’éphémère voire l’événementiel peut être créateur de beauté.

Avec une perception du beau évoluant au fil du temps, la beauté n’est ni figée, ni immuable. Le 20e siècle a ainsi déconstruit les canons de la beauté traditionnelle fondée sur la représentation de la nature et du corps humain pour essayer d’en extraire une essence allant au-delà de la simple représentation littérale. Après une montée en puissance des techniques de représentation, s’est produite une remise en cause brutale dans un siècle lui-même brutal. Cette évolution radicale a essayé de créer une autre beauté, d’en analyser les différentes facettes pour aller plus loin dans la manière de comprendre le monde. Peut-être s’agissait-il de ré-enchanter le monde au travers de cette déconstruction, en posant la question d’une beauté à réinventer dans la société changeante.

Parler de la beauté renvoie donc aux questions de représentation, de perception, de partage et par conséquent de lien social. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment, on s’accorde sur ce qui est beau ? La beauté n’est pas une donnée. Si les paysages originels évoquent une beauté qui nous touche, il faut s’interroger sur la question de la nature d’origine comme source primitive de beauté. La beauté est avant tout une construction : une recherche, une transformation par la perception et le partage de cette perception.

Les réflexions induites par ces différentes dimensions de la beauté amènent à recommander que le Grand Paris se pose systématiquement la question de la beauté, sur tous les projets, pour toutes les actions, qu’elle soit véritablement au centre du projet du Grand Paris, qu’elle soit véritablement reconnue d’intérêt public. C’est avec une volonté constante de construire quelque chose de beau que l’on pourra construire une société partagée plus harmonieuse.

Le “Grand Paris” est un projet d’aménagement à l’échelle de l’agglomération parisienne. Il a vocation à améliorer le cadre de vie des habitants, à corriger les inégalités territoriales et à construire une ville durable. Le Grand Paris se résume à 5 grands chantiers dont l’achèvement est prévu pour 2030 :

•Une ville durable et inventive
•Une nouvelle offre de logement
•Un réseau de transport moderne et étendu
•Un nouveau métro pour le Grand Paris
•Un développement économique soutenu

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