Olivier Mousson Interview: Qu’est-ce que la SEIN (Societe d’Encouragement a l’Industrie Nationale)

caption for the image 2

Images: SEIN

HEC, docteur d’Etat en sciences économiques, Olivier Mousson a été membre de plusieurs cabinets ministériels ; au Ministère de l’industrie auprès de Gérard Longuet, au Ministère de l’Equipement auprès de Gilles de Robien. Actuellement, conseiller maître à la Cour des Comptes, il est en charge du suivi des questions industrielles et commerciales. Olivier Mousson poursuit son engagement pour la promotion de l’industrie française en qualité de président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale qu’il anime depuis 20013. Citoyen engagé, il est également président du Mouvement européen de Paris et vice président du Mouvement européen France.

Quel a été le rôle de la SEIN et comment pourriez-vous résumer l'évolution de son rôle depuis sa création ?

Avec le soutien des trois consuls Bonaparte, Cambacérès et Lebrun, la société d’encouragement pour l’industrie nationale (SEIN) a été fondée en 1801 à l’initiative d’un groupe de savants, de hauts fonctionnaires et d’entrepreneurs réunis autour de Chaptal, grand chimiste et industriel, pour la reconstruction économique du pays au sortir de la révolution.

Visant à soutenir le développement industriel de la France, à favoriser l'innovation technologique et à récompenser les hommes qui en sont les promoteurs, elle est reconnue d'utilité publique dès 1824. Au XIXe siècle, elle a apporté une contribution directe au développement économique de la France en étant le précurseur de l’INPI, de la BPI et du laboratoire national d’essais.

Aujourd’hui,la Société d'Encouragement poursuit sa mission d’accompagnement des grandes mutations industrielles, économiques et sociales, notamment en encourageant les bâtisseurs de l’industrie de demain : la Société d’Encouragement attribue chaque année les prix CHAPTAL et MONTGOLFIER qui honorent des entrepreneurs et des chercheurs du monde économique, industriel et commercial.

Les autres missions de la Société d’encouragement sont la transmission des innovations et les savoir-faire, la valorisation du « made-in France » et la conservation de la mémoire du patrimoine industriel.

Entre la transmission des savoir faire et les bâtisseurs de l'industrie de demain, où voyez-vous le plus gros potentiel du "made-in-France" en 2025 ?

La Société d’Encouragement organise des conférences et des débats tout au long de l’année pour mettre en valeur les nouvelles idées, les pratiques émergentes, les technologies prometteuses et favoriser le débat critique. Nos événements abordent les grands problèmes contemporains dans les domaines de la science, de la technologie, de l’éducation et du développement durable.

Mais à l’heure de la troisième révolution industrielle numérique, qui facilite cette transmission des savoirs, le plus grand challenge de l’économie française demeure l’encouragement des entrepreneurs, comme au début du XIXe siècle : notre capacité à transformer nos innovations et notre image de marque en produits et en emplois.

Quel est le plus grand challenge pour l'industrie nationale française dans les 20 années à venir et en quoi est-ce que la SEIN se prépare à accompagner les entreprises françaises sur cette période ?

Le premier atout de la France est son image et sa culture. Le commerce est en grande partie déterminé par l’image et la marque véhiculée par le pays. La France reste dans le monde le pays du luxe, du bien vivre et du bon goût. Ce n’est pas un hasard si nous restons la première destination touristique du monde. Il faut continuer à cultiver cette image de la France qui n’est pas contradictoire avec le fait que nous restons également un pays d’inventeurs, comme au XIXe siècle. Nous déposons dans le monde plus de brevets dans les hautes technologies que l’Allemagne.

Il est nécessaire dans ce cadre que la France prenne le leadership mondial dans le développement durable. C’est la raison pour laquelle nous avons participé en 2015 à la COP 21 en mettant à disposition l’Hôtel de l’industrie pour l’accueil des délégations africaines et que cette année, nous sommes partie prenante dans la mobilisation des entreprises françaises pour la COP 22 à Marrakech.

C’est également pourquoi la Société d’Encouragement, avec son réseau d’entrepreneurs français et étrangers qui aiment notre territoire national, s’est engagée à soutenir la candidature de la France pour l’Exposition universelle de 2025. Cinq ans après la naissance du cinéma à l’Hôtel de l’Industrie, l’invention des frères Lumière était la révélation de l’Exposition universelle de 1900. Souhaitons à toutes les innovations valorisées aujourd’hui par la Société d’Encouragement le même succès international en 2025.

Comment voyez-vous l'équilibre entre l'encouragement et la protection d'une industrie nationale dans un monde aussi international et interconnecté ?

Dans l’ère mondialisée et interconnectée dans laquelle nous vivons, la protection des frontières économiques du seul fait des Etats est un leurre.On ne nage pas seul dans la mondialisation. C’est le rôle de l’Europe de protéger son modèle social et de négocier au niveau international l’ouverture de ses marchés. Cela passe par une Europe plus intégrée en matière de sécurité et de défense et par un budget autonome.
Mais nous croyons également à la force d’un protectionnisme culturel de la part des citoyens qui pourraient privilégier le « made in France » ou pour le moins le « made in Europe » dans leurs achats. Nous retrouvons la force de l’image de la « french touch » pour notre compétitivité, sur le plan interne du pays également.

Vous accueillez le lancement d'une édition spéciale d'un magazine américain focalisée sur la promotion des projets de design à fort impact social en France; Est-ce que la SEIN se mobilise également pour le design ?

La promotion du design, en tant qu’élément constitutif de la « french touch » fait partie des missions de la SEIN. Nous insistons sur le fait que le design n'est pas seulement affaire de forme et de créativité, mais également un outil pour les entrepreneurs soucieux de créer de la valeur et de
gagner en compétitivité.

La Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale organise depuis
 plusieurs années une table ronde annuelle sur le management du design en invitant des entreprises primées àl'Observeur du Design pour qu'elles viennent expliquer 
leurs stratégies, leurs pratiques et leurs réussites.

Jusqu’où le design est-il intégré dans leurs entreprises ? Quelles méthodes ont-elles utilisées dans la coordination du service design avec les autres acteurs de l’entreprise ? A quoi mesurent-elles l’apport du design dans leur succès ? Ces tables rondes ont montré que de plus en plus d’entreprises françaises accordent une place plus forte au design en tant qu’outil d’innovation.

La Société d’Encouragement accueilledans ce cadreà l’Hôtel de l’Industrie des expositions comme celle intitulée « French design management tour », organisée par l’Agence pour la Promotion de la Création Industrielle (APCI), présentant 10 entreprises exemplaires dans leur utilisation du design, pendant toute la semaine des D’Days.

Comments

comments