L’analyse Urbaine comme Utile de Resilience et Dynamisme

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Images: MASS Design Group and Hudson River Housing

Allan Co est un architecte agréé, membre de l’ enterprise Rose Architectural Fellow, avec qui il a collaboré pour le projet Hudson River Logement à Poughkeepsie et le projet MASS Design Group à Boston. Son programme de recherche se concentre sur des logements de qualité à prix abordable, des programmes novateurs et l’engagement communautaire en tant que catalyseur pour la revitalisation économique équitable. Le travail de Allan cherche à renforcer les compétences des résidents et à favoriser l’expertise locale pour diversifier le développement et consolider la résilience dans la vallée de Mid-Hudson. Avant ce partenariat, Allan a travaillé dans le secteur privé comme architecte, plus récemment, Allan a obtenu son Bachelor en architecture à l’Université Rice, à New-York et un Master en histoire et théorie de l’architecture à l’Université de Washington.

Sise en bordure de l’Hudson, à mi-chemin entre New York et Albanie, la ville de Poughkeepsie (état de New York) aspire à retrouver la vitalité qu’elle a connue des années 40 à 90. Durant ces décennies de prospérité économique, la réussite de la ville - et une grande partie de sa région - a été tirée par la croissance et le succès de la grande industrie. Lorsque la célèbre entreprise IBM est arrivée en 1941, elle a su stimuler la richesse locale et faciliter le développement. D’abord spécialisée dans la fabrication de matériel militaire, la firme a ensuite fait évoluer sa gamme de produits. La création d’une usine pour ses ordinateurs centraux mondialement reconnus a su attirer matière grise et investissement, à mesure qu’elle prenait de l’ampleur. Poughkeepsie et les zones environnantes ont alors prospéré. Mais depuis que l’ancien géant technologique est devenu moins compétitif, entrainant une réduction de sa production à la fin des années 1980, la ville a lutté pour maintenir sa stabilité autant sociale qu’économique. Le développement a stagné, le taux d’inoccupation résidentiel et commercial a atteint les 25 % et la richesse de sa communauté a cédé la place à la ruine et aux inégalités ; le genre de défi qui a tendance à affecter majoritairement les communautés pauvres et les quartiers de couleur.

Aujourd’hui, une vaste coalition d’organismes, qu’ils soient gouvernementaux ou à but à but non lucratif, mais également des intervenants locaux, croit en des plans de relances économiques. L’assainissement des quartiers en difficultés, l’incitation au développement économique et le drainage de nouveaux capitaux et investissements visent à recréer la prospérité qui caractérisait la ville des dizaines d’années auparavant. Des investissements sont actuellement menés dans les infrastructures naturelles de la ville, telles que les rives et le réseau de sentiers, qui complètent l’importance donnée au quartier d’affaires. Ils concernent également la zone bordant la gare, une plaque tournante du transport vers le nord-est et New York via les trains Amtrak et les trains de banlieue Metro-North Commuter Rail. Ces efforts sont facilités par l’action de la municipalité et du comté, mais aussi soutenus par des organismes à but non lucratif. Ensemble, ils cherchent à améliorer les compétences clés de la ville afin de catalyser la croissance économique et le développement par le prisme d’une expansion commerciale et l’essor de l’industrie du tourisme. Alors que la ville se lance dans une série d’efforts visant la relance économique, ses problèmes systémiques persistent à entraver le dynamisme socio-économique auquel elle aspire. Profondément divisée par les appartenances ethniques et les inégalités des revenus, elle se doit de puiser dans ses ressources intrinsèques, considérant l’insertion et la diversification dans sa quête de renouvellement urbain. Des efforts ciblés ne visant à améliorer que des zones spécifiques ne sauront bâtir une ville résiliente ; en réalité, cela participe au manque de diversification, en ne servant qu’une seule communauté. Le renouvellement urbain se doit de capitaliser sur les actifs et les ressources locales pour espérer cultiver un tissu urbain plus solide, imprégné des atouts collectifs et répondant aux priorités des résidents à l’échelle du quartier et de la localité. Ces stratégies ont la capacité de dynamiser l’économie locale, en focalisant l’investissement autant sur les entreprises que sur le niveau de revenus, assurant un lieu propice aux projets locaux.

Poughkeepsie entend bien démontrer la puissance de ces stratégies innovantes. Dans ce sens, les travaux menés actuellement par des organismes privés à but non lucratif sont en pleine expansion. Montrant la voie, Hudson River Housing (HRH), une société de développement local, étend sa mission au-delà de l’aide aux sans-abris et développe des logements sociaux. HRH s’implique dans l’encadrement et le développement d’une communauté soudée, en ayant recourt à des projets locaux pensés pour catalyser la relance économique. De cette manière, elle prouve le rôle changeant de ces organisations à but non lucratif dans le renouvellement local. En cherchant des opportunités favorisant la gestion de proximité et le développement équitable au sein même d’une communauté, elles peuvent identifier les atouts à l’échelle du quartier autant que de la localité, et isoler un modèle reproductible de la résilience socio-économique des petites villes.

Bien souvent, les discussions autour de l’accessibilité et de l’équité se focalisent sur l’avenir des seuls habitants. Dans des villes comme Poughkeepsie, le logement social peut être utilisé non seulement pour protéger les résidents actuels, mais aussi comme un outil de développement économique dont l’impact peut être décuplé avec le soutient de politiques publiques et d’investissements. Cela va de la création de logements de qualité et d’espaces publics innovants à travers des projets locaux, au soutien à de nouvelles perspectives économique à travers des initiatives interdisciplinaires. D’abord consacrée à l’aide aux sans-abris dans le comté de Dutchess (état de New York), Hudson River Housing a par la suite étendu son activité aux logements sociaux et au développement local, démontrant cette thèse à différents niveaux.

L’un des projets phares de HRH, l’Underwear Factory de Poughkeepsie (une usine de fabrication de sous-vêtement), a prévu une ouverture progressive à partir de janvier 2017. Pensée comme un projet de développement urbain mixte (qui mêle usages industriel donc, mais aussi résidentiel, commercial et culturel) cette réaffectation d’une usine historique du 18e siècle comprend quinze logements sociaux abordables et plus de 650 m2 d’espace commercial dédiés aux entreprises à visée sociale ayant une approche locale.

La Hudson River Housing a décidé dès le début de se focaliser sur des entreprises à visée sociale pour cet espace commercial et de se concentrer sur les priorités et les ressources de quartier afin de mener à bien un projet qui servira les besoins des riverains au-delà de l’habitat. Les différentes étapes du développement ont inclus la communauté, entre campagnes de sensibilisation dans la rue, enquêtes et entretiens individuels, le tout renforcé par des données en provenance de rapports sur le logement et la sécurité alimentaire. Cet engagement dévoile un tissu social et une culture locale imprégnée par la cuisine et les arts. Seulement, il révèle aussi des challenges tels que l’omniprésence de l’insécurité alimentaire (25 % des ménages de Poughkeepsie la connaissent au moins une fois par an) et le manque d’accès aux programmes culturels et à la formation. Pour HRH, les atouts pourraient être

mis à profit et cultivés pour construire un capital social, tout en s’attaquant aux difficultés systémiques et favoriser le développement futur.

L’usine de sous vêtement est devenue un projet aspirant à mettre à contribution une structure locale innovante pour atteindre un but bien plus important, au-delà du logement, favorisant les compétences et capacités locales tout en développant la richesse de Poughkeepsie. Dans ces espaces, on trouve une cuisine ouverte aux expériences culinaires, à la mise en commun de compétences, à l’apprentissage ainsi qu’un incubateur d’entreprise. Un torréfacteur de café artisanal est animé par des employés autrefois sans abris et difficile à placer, alors qu’ils possèdent des formations professionnelles adaptées. Ces espaces accueillent également un studio d’enseignement artistique focalisé sur l’audiovisuel dédié aux enfants et aux adultes en collaboration avec une organisation à but non lucratif locale, sans oublier des ateliers pour les artistes locaux. L’objectif est de contribuer aux expertises culinaires, agricoles et artistiques locales naissantes pour affirmer le statut de Poughkeepsie en tant que plaque tournante pour ces industries.

HRH développe les capacités et favorise le savoir-faire local au travers d’un engagement profond auprès des habitants, tout en répondant à leurs besoins et difficultés grâce à un processus collectif. En se focalisant sur les forces existantes de Poughkeepsie, l’organisme s’aventure bien au-delà du logement, en s’interrogeant sur la manière dont le projet peut remédier aux problèmes structurels en jeu.

L’usine de sous-vêtement n’est que la première étape d’un plan visant à galvaniser l’art culinaire, l’agriculture et les industries artistiques tout en fournissant des logements sociaux à une communauté dans le besoin. HRH s’attaque au challenge de la résilience socio-économique au sein de Poughkeepsie en misant sur la diversification des industries et des revenus avec un développement à l’échelle du quartier pour intensifier la construction locale.

En marge de cette usine, de nombreux autres travaux se concentrent sur un secteur du quartier de Middle Main en pleine expansion. Sur le même modèle que l’usine de sous-vêtement, HRH cherche à faire coïncider les opportunités dans la zone avec les différents besoins et priorités au sein de sa communauté. Ainsi, le logement sera conçu aux côtés de programmes plus orientés vers les arts et des espaces pour des opportunités éducatives accessibles et abordable capable de développer des compétences locales. Parmi ces projets, un bâtiment historique de transport de 1860 m2 et les locaux environnants pourraient être rénové en une école d’art, devenant un lieu de vie et de travail pour les artistes, avec des espaces d’exposition, des salles de spectacles, des laboratoires et des ateliers de fabrication. Il est aussi question d’un ensemble de trente logements sociaux avec des programmes de colocations innovants et des espaces communs conçus pour le bien-être et le soutien tandis que la crique de Fall Kill, un ruisseau naturel, apportait une infrastructure de lutte contre les inondations.

Les discussions contemporaines sur la résilience se concentrent bien souvent sur l’infrastructure physique et la réduction des catastrophes. Sauf que la conversation s’étend à la dynamique économique du lieu, englobant la morphologie du tissu urbain dans toute son ampleur. Les questions d’intégrations et d’équité sont importantes partout, mais elles le sont d’autant plus dans de petites villes qui ont connu des décennies de récession, où les ressources limitées et l’instabilité économique peuvent pousser à entreprendre des stratégies de développement aveugles pensées sur le court terme. Mais les petites villes comme Poughkeepsie qui font face à ces défis peuvent faire bon usage d’une nouvelle approche au succès plus durable. Le logement social être utilisé non seulement pour sécuriser le sort des habitants, mais aussi comme un moyen de s’associer aux politiques publiques et aux investissements financiers. La création de logements de qualité et abordables, et l’apport d’espaces publics innovants au travers d’un projet local engrènent de nouvelles perspectives économiques grâce à une collaboration intersectorielle. Les approches descendantes se basant sur de nouveaux investissements ont un plus grand impact lorsqu’elles sont assorties d’efforts locaux visant à promouvoir l’intégration et l’équité, en donnant une voix à tous les résidents.

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